Essai sur le bien et le mal

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Essai sur le bien et le mal

Message  Pie de Valence le Lun 18 Mar - 17:53


ESSAI SUR LE BIEN ET LE MAL



"Bien" et "mal" sont deux mots qui sont couramment utilisés, aussi bien par les clercs que par les laïcs, tant pour régler leur conduite interne et externe que pour juger des actes et des actions de la vie courante et, lorsque nous avons besoin d'émettre un jugement ou un avis sur une chose, ne disons-nous pas facilement: "ceci est bien", "cela est mal", comme si ces notions étaient universelles et instinctivement comprises par tous. Et il en va de même quand il s'agit de régler notre conduite interne et externe où, trop souvent, nous nous fions, suivant les tempéraments ou nos humeurs, à notre seul instinct, à notre intérêt du moment ou à notre seule raison .

Pourtant, comme le montre l'extrait d'Oane que nous allons citer, juger de son propre chef de ce qui est bien ou mal en se fondant sur son propre jugement, qu'il soit dominé par son seul instinct, ses passions, son intérêt immédiat ou par un excès de la raison raisonnante, comme lors du débat entre l'apôtre Nikolos et Escartus, n'aboutit à rien de probant, sinon à constater que le bien et le mal sont deux notions relatives quand chacun se met à s'en faire sa propre idée.

L'incertain du bien et du mal
Mais, en vérité, en dehors de la Créature et de ses serviteurs attitrés, rares sont les personnes qui savent si leurs actions sont bonnes ou mauvaises.
J'ai connu un homme persuadé que le bien était ce qui faisait son bonheur et que seul l'argent pouvait l'accroitre.
Aussi passa-t-il le plus clair de son temps à s'enrichir, à vendre sa femme comme esclave sexuelle à d'autres hommes pour en tirer encore plus d'argent et plus il était riche et plus il semblait heureux.
Et puis, je le vis gagné par l'oisiveté et s'enivrer d'ennui car le vin était devenu sa seule source de distraction.
Je le vis devenir un homme plein de fureur et de colère, et, dans ses soirées d'ivrognerie, chercher finalement à sacrifier son fils unique à Dieu.
Alors, au dernier moment, alors que le couteau du père sacrificateur allait s'abattre sur la victime et qu'un infanticide allait se commettre, je ne sais quoi, mais quelque chose retint son geste, comme si soudain, l'éclat du bien et du mal venait de l'aveugler comme un métal brillant et réveiller sa conscience.
Le bien, le mal, où est la frontière ?
Cet homme avait voulu faire le bien et ses actes engendrèrent le mal.
Il avait voulu faire le mal et le bien en était sorti.
Souvent, je pense qu'en voulant faire le bien, on arrive parfois, involontairement à faire le mal.
D'ailleurs, dans une certaine mesure, on doit bien constater parfois que le bien ou le mal ne résident pas dans les actes, les actions ou les jugements eux-mêmes, mais dans la finalité poursuivie, rendant encore plus incertaines, en apparence, les frontières entre ce qui est bien et ce qui est mal. Prenons un exemple: dans l’absolu, la violence est un mal et personne ne songerait à la classer dans la catégorie des bonnes actions, donc du bien. Pourtant, si vous en usez pour vous défendre contre un agresseur, vous aurez usé de la violence comme d’un moyen de défense légitime et cela sera considéré comme un bon usage de celle-ci, donc un bien. Par contre, usez de ce même moyen pour vous débarrasser d’un concurrent pour un poste sera considéré comme un mauvais usage de la violence, donc comme un mal. Le bien et le mal semblent donc n'avoir rien d’absolu et il peut sembler vain d'y faire référence sans cesse car il est évident que plus chacun passera son temps à définir de lui-même, suivant sa propre vision des choses, ce qui est bien de ce qui est mal, plus il semblera vain d'y mettre une valeur universelle derrière.

C'est pourquoi, nous clercs, avons un devoir impérieux qui est de remettre chacun d'entre nous, mais aussi et surtout le peuple des laïcs, sur le bon chemin. Et ce chemin, ce sont nos prophètes, c'est le Livre des Vertus qui le tracent. "Que nul ne se fie à son propre jugement pour définir ce qui est bien de ce qui est mal, mais qu'il écoute la voix de Dieu, celle d'Aristote et celle de Christos, car hors d'elle, point de salut !", tel doit être notre message, afin que nous ne vissions plus des hommes comme celui que cite Oane qui errent aveugles au milieu des aveugles et ou les borgnes sont rois.

Dieu est souverain en toutes choses.
De cette souveraineté dérive la Loi et pour la plupart des Hommes de tous les pays la morale.
L’Eglise a été voulue par Christos pour représenter cette souveraineté divine.
C'est pourquoi l'Eglise agit et légifère en son nom.
C’est l’Eglise que Dieu a délégué aux hommes pour fixer la Loi et la morale en suivant ses paroles contenues dans le Livre des Vertus.
nous dit l'apôtre Nikolos. C'est pourquoi chacun doit comprendre que le bien et le mal ne peuvent être définis qu'en fonction des décrets de la divine providence que traduisent la Loi et la morale institués par Dieu même et au nom duquel l'Eglise légifère. Dieu confia particulièrement cette mission à deux hommes.
A Oane, tout d'abord, qui, après avoir constaté l'incertain du bien et du mal lorsque les humains les définissent à leur propre aune, institua les premières règles de la morale

J'inventai la morale.
Tous les sentiments sont jouissifs en eux-mêmes : l'amour, la perversion, la haine. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils se transforment généralement en actes. Seulement certains comme le mal, à la fois séduisent mais également détruisent celui qui les ressent.
Je listai tout ce qui me semblait pouvoir détruire ceux qui ressentent le mal et j'édictai des lois qui formèrent la base de la morale: ne pas voler, ne pas tuer, respecter son père et sa mère, ne pas témoigner faussement contre son voisin, ne pas convoiter son bien, agir avec tempérance, respecter la liberté d'autrui.
Ainsi, j'incitais chacun à avoir les mêmes règles que son voisin et à avoir les moyens de distinguer plus clairement où était la frontière entre le bien et le mal.
De la morale et des sept commandements qui en résultèrent, découlèrent les premières lois qui régirent la communauté.
A Aristote, ensuite lorsqu'il fixa les principes du Juste milieu

Nous ne devons donc pas espérer atteindre la perfection dans une ou plusieurs vertus, car cela est impossible et donc péché d’orgueil. Nous devons plutôt rechercher le Juste Milieu entre chaque vertu et chaque péché
car il précisa les idées de bien et au mal en les assimilant à celles de "vertu" et celle de "péché". Et afin que nul n’ignore de quoi il s’agissait, il en donna une liste précise ce qui, au final, est bien plus parlant qu'un jugement prononcé à l’aune de chacun et de ses propres intuitions. Ainsi, le bien, qui devint la vertu, correspond désormais aux valeurs d’amitié, de conservation, de don de soi, de tempérance, de justice, de plaisir et de conviction, tandis que le mal devint le péché qui correspond aux valeurs d’avarice, de gourmandise, d’orgueil, de colère, d’envie, d’acédie et de luxure.

Aussi est-ce par un bien involontaire abus de langage que nous continuons à parler vaguement du bien et du mal, sans préciser outre mesure les fondements théologiques de notre jugement ou de notre conduite, quand nous savons parfaitement depuis longtemps que derrière le bien se cache la vertu et derrière le mal, le péché. Il en résulte parfois quelques dommages ou incompréhensions avec certains laïcs, insuffisamment instruits des vertus divines et qui croient de bonne foi que l'intuition personnelle suffit à distinguer le bien du mal, mais aussi entre laïcs et clercs, quand, au nom de l'idée personnelle qu'ils se font du bien et du mal, ceux-ci viennent contester l'autorité divine comme l'aveugle au milieu des aveugles que citait Oane.
L'un des premiers devoirs du clerc est donc d'enseigner que derrière le bien et le mal se cachent des vérités concrètes, intangibles, la vertu et le péché, définis par Dieu via Oane et Aristote et que nul n'a le droit d'interpréter ce qui est bien et mal par son propre jugement sans le secours de l'Eglise.



Ecrit par Monseigneur Pie II de Valence, évêque de Langres pour son entrée chez les Lescuriens alors qu'il était encore curé de Valence

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