Messe en l'honneur des femmes (Messe)

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Messe en l'honneur des femmes (Messe)

Message  Pie de Valence le Sam 21 Déc - 18:27

Messe en l'honneur de femmes


L'évêque de Langres continuait ses activités, comme il l'avait toujours fait, loin de la sottise humaine et tourné uniquement vers le service de Dieu et de son message de Pardon et d'Amour.
Comme chaque mois, il fit sonner les cloches pour avertir qu'une messe serait dite en Bourgogne et tandis qu'il se vêtait, comme à son habitude, d'une de ses belles parures pour faire honneur à sa fonction, le chœur des chantres de l'abbaye Saint-Martin de Langres, dès le tintement du cuivre martelé se fut tu, se mirent à chanter un hymne saluant le courage de toutes les femmes et de toutes les mères
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L'évêque, arrivé pendant que le chant se terminait, devant l'autel se génuflexa et se signa au nom de Dieu, d'Aristote et de Christos, puis, toujours tourné vers l'Orient, le chant terminé, il entama la récitation d' une Prière de supplique à Dieu afin qu'il pardonne nos fautes que chacun reprit avec lui

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Nous te prions, Toi, Dieu, Créateur du Ciel et de la Terre, des Hommes et des choses, Toi l'Eternel, afin que Ta Grâce s'étende sur Nous.
Nous ne sommes que d'humbles pécheurs qui avons besoin de Ta lumière pour ne pas sombrer dans le péché et de Ton amour qui seul sait Nous pardonner pour nous remettre dans le droit chemin.
Amen.
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La prière terminée, il se tourna vers l'assemblée pour annoncer le thème du jour
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Aujourd'hui, notre messe sera consacrée à un hommage aux femmes.
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Pourquoi, en ce mois de décembre 1461, rendre hommage, à travers une messe, à toutes les femmes de France ?
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Parce qu'il m'a semblé important de rendre hommage au courage et à la ténacité dont elles ont su faire preuve pour faire triompher leur cause face à l'adversité et la misogynie entretenue et encouragée pendant des siècles et des siècles par l'Eglise.
En effet, si Christos avait, dès son époque, proclamé l'égalité des hommes et des femmes entre eux et donc implicitement l'égalité des humains entre eux, et s'il avait montré la voie en nommant six apôtres féminines parmi les Douze, son enseignement fut perdu et même nié par l'Eglise.
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=> Les origines de la longue misogynie de l'Eglise
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Le concile de Nicée, réuni en 325 sous la présidence de l'empereur Constantin, concernant les femmes, donna la priorité à la pensée d'Aristote, exprimée dans sa Cité idéale.
Dans cette Cité idéale d'Aristote
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La seconde classe de citoyens, la classe d’argent, est celle des gardiens, des soldats (...) Au retour des combats, ils sont accueillis comme des héros. On dépose sur leurs têtes des couronnes de lauriers, on les traite comme des princes, et de fabuleux festins sont tenus en leur honneur. Ils sont portés en triomphe par le peuple, et aimés par les femmes ". ([Aristote] Dialogues XI - Le songe)
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Les femmes sont donc exclues de cette caste; leur rôle dans la défense des cités nié. Elles sont ravalées au rang d'objets juste utiles à faire ressortir la qualités viriles et guerrières des hommes qu'elles se soient d'admirer, comme toute créature inférieure.
Il n'est d'ailleurs pas plus question de les faire accéder à la moindre charge religieuse
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La troisième classe de citoyens est celle des philosophes rois, la classe d’or. Ceux là sont les plus anciens, recrutés parmi les gardiens qui se sont montrés les plus braves, les plus aptes au commandement, et les plus doués en matière de philosophie. (...) On tient leur pouvoir comme inspiré par le Très-Haut, de part leur condition de prêtres.
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Cette troisième classe se recrutant parmi celles des gardiens, exclusivement constituée de "mecs", les philosophes rois d'Aristote ne pouvaient donc être que des mâles. Les femmes en étaient donc aussi exclues.
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Le concile fit donc interdiction aux femmes d'occuper des charges religieuses, la femme ayant, selon l'Empereur, pour seule mission de donner des héritiers pour répandre la foi, les hommes devant les protéger et propager la foi par le fer et les prêches.
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Cependant, de grandes saintes ne l'entendirent pas de cette oreille...
Oui, de grandes saintes, laïques ou religieuses, se battirent pour faire triompher leur voix et leur cause et pour obtenir l'égalité qu'elles connaissent aujourd'hui.
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=> Le combat des saintes
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Tout d'abord, ce furent de pieuses laïques d'origine nobles qui luttèrent pour affirmer leur place au sein de l'Eglise.
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Elle s'appuyèrent sur l'exemple des martyres Barbare et Monique qui vécurent au IIIème S. - donc avant que le concile de Nicée ne condamne l'action des femmes - et qui combinèrent action charitable auprès des pauvres et direction de messes en faveur des fidèles ou de sainte Lydie, elle aussi du IIIème S., qui œuvra à la conversion des âmes par l'exercice de la médecine.
C'est dans leur sainte tradition que se placèrent des personnes aussi diverses que la très noble Hildegarde de Bingen, moniale allemande du XIIème S. qui affirma le droit des femmes à égaler les hommes dans les domaines de la médecine, de la poésie et de l'écriture ou Marie de Villeneuve, sainte de la fin du XIIème S., fille d'un juge royal, qui fut une sorte "d'abbé Pierre" de l'époque.
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Les monastères furent un des autres grands foyers de résistance
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Ce n'est pas un hasard si l'une des premières prêtres de l'Eglise, en dépit du concile de Nicée, fut sainte Boulasse, notre sainte bourguignonne, qui vécut au VIème S. Les moines, en effet, dans le secret de leurs abbayes, continuaient à maintenir l'antique tradition qui voulait que les femmes eussent, dans leurs rangs, égal accès à toutes les charges, toutes les fonctions et toutes les dignités, sans exclusion et sans restriction. Ainsi, les femmes pouvaient y devenir abbesses sans que personne n'y trouve rien à redire.
Ainsi, ils contribuèrent à ordonner des femmes prêtres, comme sainte Boulasse, malgré les interdictions.
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Avec le temps, ils usèrent de ruses plus inventives les unes que les autres pour permettre aux femmes de devenir prêtres. C'est ainsi, qu'avec leur aide, sainte Dominique, moniale du XIVème S., se travestissant en homme, devint curé de Chinon et qu'une autre femme, usant du même stratagème, Karine, lui succéda.
C'est leur action qui permit enfin à la parole de Christos de triompher contre celle d'Aristote et fit qu'au Concile de Constance, en 1418, les femmes purent à nouveau, en toute égalité de droits avec les hommes, être ordonnées prêtres et exercer toutes les charges, sans exclusive, même si, à l'heure actuelle, aucune d'entre elles n'est encore devenue papesse.
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Le droit à disposer de leurs sentiments et de leurs corps
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Il nous faut aussi parler de Dwywai la Frénétique, une Anglaise du XIIème S. et de sainte Marie-Madeleine, une Française du XIIIème S. Toutes deux, victimes de la violence des mâles envers la gente féminine. elles affirmèrent le droit des femmes à disposer de leur sentiments et de leurs corps et à ne plus subir les violences faites aux femmes.
Ainsi, Dwywai se mettait à léviter en présence du mal et Marie Madeleine, affirmant son droit à vivre librement, s'enfuit pour échapper à son bourreau et vécut à l'écart, dans une grotte de la Sainte-Baume.
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Marie-Madeleine est d'ailleurs un cas très intéressant puisque sa mère, Marie-Thérèse, était abbesse du couvent de Saint-Maximin, ce qui veut donc dire qu'elle conçut un enfant alors qu'elle était religieuse, en dehors de tout lien marital ! Preuve que le célibat imposé au clergé n'a jamais été la panacée et qu'il est source de bien des pêchés.
Surtout ceci montre que nulle femme, même religieuse, ne devrait être privée des droits du mariage et de la maternité, sinon Dieu n'aurait pas béni le fruit des entrailles de Marie-Thérèse et que les femmes ont encore ce long combat à mener pour faire valoir leurs droits au sein de l'Eglise.
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L'égalité dans tous les domaines
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Enfin vint sainte Jeanne d'Arc qu'on ne présente plus. Loin de l'image traditionnelle de la sainte attachée à répandre la charité sous diverses formes, elle s'inspira de sainte Radegonde de Poitiers, sainte du VIème S., qui vainquit la Grand'Goule qui terrifiait sa ville.
Sauf que, pour Jeanne, les ennemis à combattre étaient désormais les Anglais.
Elle se fit donc guerrière, montra qu'elle valait largement les hommes en ce domaine, et, par le courage et l'abnégation qu'elle montra au service du roi et du Très-Haut, elle surpassa même tous les hommes en renommée.
C'est à une femme, parce qu'elle s'était comportée comme un homme, à égalité, que le roi Lévan II dut son trône et que des femmes purent à leur tour, devenir comtesses ou duchesses et accéder au trône de France.
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Conclusion
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Oui, toutes ces femmes, à leur niveau, contribuèrent à montrer que, quel que soit le domaine, elles étaient les égales des hommes et que rien de ce qu'un homme peut faire ne leur était impossible.
Elles affirmèrent ainsi leur droit à ne plus subir le pouvoir des mâles, mais à affirmer leur droit à disposer librement de leurs sentiments et de leurs corps dans le cadre du mariage.
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Oui, c'est à toutes ces femmes courageuses d'hier et à leurs sœurs d'aujourd'hui, aux victoires déjà remportées, aux combats qui leur reste à mener que je voulais dédier cette messe de décembre, car elles le méritent amplement.

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Messe écrite et dite par Monseigneur Pie II de Valence, évêque de Langres, en décembre 1461


Dernière édition par Admin le Lun 13 Jan - 21:25, édité 2 fois

Pie de Valence
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