Messe en mémoire de Monseigneur Jerem (octobre 1464)

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Messe en mémoire de Monseigneur Jerem (octobre 1464)

Message  Pie de Valence le Ven 14 Oct - 18:32

Pour sa rentrée et pour sa première messe après plusieurs mois d'activités réduites, l'archevêque de Lyon choisit son duché natal. Il demanda qu'on fasse sonner les cloches de la Grande cathédrale de Dijon

Nous sommes réunis ce jour pour célébrer la mémoire de Monseigneur Jerem qui exerça de nombreuses années en Bourgogne jusqu’à sa mort en octobre 1460. J’ai cependant trop peu connu l’homme pour parler sans risques de sa personnalité, bien qu’il m’ait baptisé et formé à la prêtrise.
Aussi vais-je surtout parler de son engagement dans la cité. Son biographe qui était aussi, je crois, son secrétaire personnel, nous en a laissé suffisamment de traces pour qu’on en puisse mesurer la diversité : pasteur des âmes, théologien éminent, membre et recteur de la Congrégation de St-Thomas, auteur ou traducteur de nombreux ouvrages et d’hagiographies, membre actif du conseil municipal et de la société semuroise…


Il entreprit alors de servir du mieux qu'il put son village où il devint, pour de nombreuses années, conseillers aux maraîchers (août 1455 - mars 1459) et aux érudits (juin 1456 - mars 1459), puis conseiller à l'animation (octobre 1460), et, toute sa vie (…) il continua à le servir avec dévouement, non seulement comme pasteur des âmes, mais aussi comme fils aimant, montant la garde sur les remparts quand un danger la menaçait, passant de boulanger à meunier pour faire face à une pénurie de farine provoquée par l'absence des meuniers partis combattre lors de la Guerre du Ponant ..., ou même, connaissant ses difficultés financières, en lui léguant sa fortune dans son testament.

Tout d'abord, nous léguons nos terres, échoppes et l'ensemble des sommes qui viendraient à s'y trouver à la mairie de Semur, notre ville natale à laquelle nous sommes resté attaché toute notre vie; que le Très-Haut sache guider ses magistrats afin d'en faire le meilleur usage possible. (Testament, 01 octobre 1460)

Il pensait que ce service constant au village auquel il devait tout était la meilleure preuve d'amour et d'amitié qu'un homme puisse faire gratuitement, renouvelant ainsi le geste accompli autrefois par Christos, " montrer à Dieu que l’homme peut atteindre l’amitié parfaite, vertueuse et unitive jusqu'à se sacrifier pour les autres sans rien attendre en retour. " (Extrait du statut de Christos)

Je laisse chacun et chacune d’entre vous méditer cette vie exemplaire qui n'a jamais rien demandé à personne en récompense à l’heure où je vois partout un royaume déserté, des tavernes, des halles, des gargotes, des églises de plus en plus vides où même ceux et celles qui passent n’y croient plus trop.
Et je ne peux m’empêcher de penser au sens de la communauté qui animait les hommes et les femmes de cette époque pourtant pas si lointaine.
Aujourd’hui, les mairies ont peine à trouver des maires, on manque de nouvelles têtes dans les conseils des provinces du royaume, plus personne ne veut se dévouer, ne serait-ce que pour suivre le cursus pour dire une messe In Gratibus aux habitants de son village quand il n’y faudrait qu’un peu de volonté.

Oui, je songe alors à cet homme qui a commencé dans la vie


surpris en gargote à dire de lui-même des messes en sus de celles du père Bynarr, si bien que, quand celui-ci fut appelé à d'autres fonctions et qu'il eut besoin d'un remplaçant, c'est à Jerem qu'il pensa. C'est ainsi qu'il fut ordonné prêtre et devint curé le 21 décembre 1453.

Et je me dis : où sont les nouveaux Jerem ? Pourquoi voit-on si peu de nouveaux-nés devenir actifs et acteurs ? Qu’avons-nous fait ? Que ne faisons-nous pas pour les encourager ? Et eux, pourquoi tant de passivité ?
Et je voudrais leur dire, s’ils m’écoutent : prenez votre bâton de pèlerin ou de casse-cou et osez ! Regardez ce qu’a fait ce Jerem et dîtes-vous que vous pouvez le faire ! Les cures vides, les mairies presque abandonnées, les conseils qui peinent à se renouveler ne sont pas une fatalité mais pour cela, il faut que les nouveaux venus aient l'envie de se bouger le derrière.

Prenons l'Eglise, Monseigneur Jerem est revenu brièvement il y a un peu plus d’un an en service commandé pour le Très-Haut. Enterrant la dépouille du pape Eugène IV que l’on avait laissé pourrir dans un coin de St-Titus à Rome - ce qui avait attiré une malédiction sur l’Eglise -, il est venu la clore et annoncer que le Très-Haut avait conclu une nouvelle alliance avec Elle; mais l’Eglise, ce n’est pas seulement un pape, des cardinaux, des évêques, des prêtres, des moines, des curés, des diacres ; c’est aussi l’Ecclesia, l’assemblée du peuple, l’assemblée des fidèles, l’union des clercs et des laïcs autour d’une même foi ! C’est donc aussi avec vous que le Très-Haut a passé une nouvelle alliance, mais tout ne peut pas venir d’en haut.
L’avenir de l'Eglise, l'avenir du royaume, l’avenir de nos contrées, l’avenir de la Bourgogne est entre nos mains à tous ; c’est nous qui déciderons au final de son destin. Lafa en sera-t-elle l’un des derniers souverains ou connaîtrons-nous un sursaut ?
Ysupso avait posé la question de la fin des temps à Dieu. Dieu avait alors répondu


Je déciderai de détruire le monde si les humains s’abandonnent tant dans le péché qu’ils ont fini par donner raison à la créature à laquelle Je n’ai pas donné de nom. Sache que l’avenir du monde ne dépend que de votre vertu. A vous de respecter la parole que j'ai transmise à Aristote et Christos car, si vous vous comportez comme les habitants d’Oanylone, votre vice liera le sort du monde que vous aimez tant.

Aujourd'hui, plus que jamais, c'est le péché d'acédie, cette langueur, cette indifférences aux choses et aux gens qui nous guette et menace la vie de notre royaume, spécialement si les nouveaux-nés ne tentent rien pour s'affirmer.

Puisse l’exemple de Monseigneur Jerem les inciter au sursaut et puissiez-vous vous souvenir tous de ce qu’enseignaient nos prophètes

Aristote : «  Etre un humain, c'est vivre selon la vertu. Et la vertu est une pratique qu'on ne peut exprimer qu'avec les autres. Tu vis bien certes, mais tu ne pratiques aucune vertu puisqu'il n'y a personne avec qui tu puisses la pratiquer. Tu vis comme un ours, indépendant. Mais a-t-on vu un ours faire preuve de vertu ? Tu n'es pas un homme heureux puisque tu n'es même pas un humain. Un humain a des amis, où sont les tiens ? »

Ermite : « Mes amis sont la nature, mes oliviers, mes légumes. »

Aristote : « Une véritable amitié se fait entre égaux. Tu es donc l'égal d'un olivier : planté et immobile. Tu survis en marge de la Cité au lieu d'y participer comme le fait tout véritable humain. Je vais donc te laisser prendre racine, adieu ! »


A présent, avant de nous quitter, prions Saint Martin, patron de notre royaume, afin qu'il nous assiste dans cette épreuve

Dieu Tout-Puissant et Eternel,
Toi qui as établi l'empire des Francs pour être dans le monde l'instrument de Ta divine volonté, le glaive et le bouclier de Ta Sainte Eglise et qui l'a placée sous l'insigne protection de saint Martin,
Préviens toujours et partout de Ta céleste lumière et par l'entremise du saint patron de notre royaume, les fils suppliants des Francs afin qu'ils voient ce qu'il faut faire pour réaliser Ton règne en ce monde et que, pour accomplir ce qu'ils auront vu, ils soient remplis de charité, de force et de persévérance.
Par Aristote et Christos,
Ainsi soit-il.
Messe écrite et dite par Son Eminence Pie II de Valence, Cardinal-archevêque de Lyon, en octobre 1464

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